Pulsations Réseau de santé, article pour les prestataires de soins

Texte: 

  • Clémentine Fitaire

Photos: 

  • Getty Images

Cancer colorectal : vigilance chez les jeunes adultes symptomatiques

Une étude menée aux HUG met en lumière une augmentation préoccupante du cancer colorectal chez les moins de 50 ans, une population ne bénéficiant pas du dépistage, et souligne la nécessité d’une attention accrue face à des symptômes encore trop souvent banalisés.

Si l’incidence globale du cancer colorectal diminue, une dynamique inverse est toutefois observée chez les plus jeunes. Une étude d’ampleur nationale, la première en Suisse, s’est appuyée sur les registres cantonaux du cancer pour analyser ces tendances sur quarante ans. Ses résultats préliminaires montrent que, chez les moins de 50 ans, l’incidence reste faible en valeur absolue – environ sept cas pour 100 000 habitants par an –, mais augmente de façon constante d’environ 0.5% chaque année.

L’étude révèle par ailleurs que ces cancers précoces touchent les deux sexes, avec certaines spécificités chez les femmes, dont une atteinte préférentielle du rectum. « Ces tendances rejoignent celles observées aux États-Unis, en Australie et dans plusieurs pays européens », souligne le Dr Jeremy Meyer, médecin adjoint agrégé au Service de chirurgie viscérale et principal auteur de l’étude.

Des causes encore mal comprises

Sur le plan biologique, 15 à 20 % des cancers colorectaux précoces sont liés à des syndromes génétiques identifiés, mais la majorité demeure d’origine inexpliquée. Les facteurs de risque connus (alimentation pauvre en fibres, consommation de viandes rouges ou transformées, tabac, alcool, obésité ou diabète) sont bien établis, sans pour autant expliquer, à eux seuls, l’apparition plus précoce de la maladie. « Aujourd’hui, nous ne savons pas pourquoi cette population développe des cancers vingt ans plus tôt qu’auparavant », reconnaît le Dr Thibaud Koessler, médecin adjoint agrégé au Service d’oncologie et responsable de l’Unité des tumeurs digestives. « Plusieurs hypothèses sont explorées, mais il existe clairement un facteur de risque majeur que nous n’avons pas encore identifié. Les chercheurs et chercheuses s’intéressent notamment au rôle du microbiote. Des études récentes suggèrent que des bactéries intestinales, notamment certaines souches d’Escherichia coli, pourraient produire des substances capables d’endommager l’ADN des cellules du tube digestif. Il s’agit toutefois d’une hypothèse de recherche, qui doit être confirmée. »

Un diagnostic trop tardif

Chez les moins de 50 ans, le diagnostic est souvent posé à un stade avancé. « Environ un ou une patiente sur quatre a un cancer métastasique au moment de sa découverte », relève le Dr Jeremy Meyer. Les symptômes (rectorragies, anémie, troubles du transit ou douleurs abdominales) surviennent tardivement dans le décours de la maladie et sont fréquemment attribués à des causes bénignes, retardant ainsi la prise en charge.

Le diagnostic tardif conduit souvent à des thérapies plus lourdes avec un impact important sur la qualité de vie et surtout un moins bon pronostic. « Bien qu’ils soient similaires quel que soit l’âge, les traitements proposés aux jeunes sont souvent plus intensifs et engendrent davantage d’effets secondaires », ajoute le Dr Thibaud Koessler.

Ne pas banaliser les plaintes

Face à des symptômes digestifs chez une personne jeune, il est donc primordial de ne pas banaliser les plaintes. « La médecine est une affaire de probabilités. Aujourd’hui, le diagnostic de cancer colorectal doit remonter dans notre raisonnement clinique, y compris avant 50 ans. Même si la probabilité reste faible, un cancer colorectal doit être exclu en cas de signes d’appel quel que soit l’âge », insiste le Dr Jeremy Meyer.

Cette évolution de l’incidence relance le débat sur l’âge du dépistage, qui commence en Suisse à 50 ans. Aux États-Unis, par exemple, celui-ci a été abaissé à 45 ans. « Sans aller vers une coloscopie systématique, des stratégies moins invasives et moins coûteuses, comme la recherche de sang occulte dans les selles, pourraient être discutées », conclut le Dr Thibaud Koessler.

Le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent en Suisse, après le cancer du sein et le cancer du poumon chez les femmes, et après le cancer de la prostate et du poumon chez l’homme.

Source : Obsan

Texte: 

  • Clémentine Fitaire

Photos: 

  • Getty Images
Partager
En savoir plus

Mots clés: 

Événements

Mars bleu 2026 : événements professionnels

  • Colloque du mardi (10 mars, de 8h à 8h45)
  • Demi-journée scientifique (jeudi 12 mars, de 14h à 18h)

Informations complémentaires : hug.plus/marsbleu26

Autres articles