Longtemps associée aux maladies invalidantes, la rhumatologie s’est profondément transformée grâce aux thérapies ciblées. La discipline fait toutefois face à un double défi : la pénurie de personnel et des besoins en forte croissance. Récemment nommé à la tête du Service de rhumatologie, le Pr Finckh revient sur ces enjeux, les avancées de la recherche et les perspectives thérapeutiques.
La rhumatologie traverse-t-elle une période de mutation ?
Axel Finckh : Oui, de manière très nette. En quelques décennies, la spécialité est passée d’une prise en charge largement hospitalière à une médecine principalement ambulatoire. Là où le service comptait autrefois plusieurs dizaines de lits, le suivi se fait aujourd’hui en consultation grâce à des traitements beaucoup plus efficaces. Les biothérapies et les thérapies ciblées ont transformé le pronostic, notamment pour des maladies comme les spondylarthrites ou l’arthrite psoriasique. Une polyarthrite rhumatoïde, par exemple, n’entraîne quasiment plus d’invalidité à moyen terme et l’espérance de vie est proche de la normale. Cette évolution s’accompagne toutefois d’un déséquilibre. Les besoins augmentent avec le vieillissement de la population, alors que la relève médicale ne suit pas. Une génération entière de rhumatologues arrive à la retraite et le nombre de personnes formées à cette spécialité reste insuffisant.
La solution serait-elle de mieux travailler avec le réseau en ville ?
A. F. : L’accès aux soins constitue aujourd’hui le principal enjeu. Les délais s’allongent et la pression sur les structures hospitalières augmente. Dans plusieurs régions, le manque de spécialistes se fait déjà sentir, alors même que certaines maladies requièrent une expertise spécifique pour amorcer les traitements. Cette situation contribue à l’engorgement des consultations. Par manque de formation sur des pathologies fréquentes, de nombreux cas sont adressés à l’hôpital alors qu’ils pourraient être suivis en ville. Le rôle des médecins généralistes est donc central. Une meilleure répartition des situations permettrait de leur confier davantage de cas courants, comme la goutte, l’arthrose ou certaines douleurs chroniques, et de réserver les situations complexes aux spécialistes. Cela implique de renforcer leur formation et leur accompagnement. L’enjeu est clair : mieux s’appuyer sur la médecine de ville pour fluidifier les parcours et garantir un accès plus rapide aux soins spécialisés lorsque cela est nécessaire.
Quels sont aujourd’hui les axes forts de la recherche en rhumatologie ?
A. F. : Le service s’appuie sur une activité de recherche soutenue, avec plusieurs équipes engagées dans des projets européens. Un premier axe porte sur l’analyse à grande échelle des thérapies ciblées afin d’en évaluer l’efficacité et la sécurité et de mieux adapter les prescriptions.
Un second axe s’intéresse aux phases très précoces des maladies auto-immunes. Les travaux explorent notamment le rôle du microbiote et des inflammations chroniques des muqueuses. Il s’agira d’identifier les personnes à haut risque et d’intervenir suffisamment tôt pour prévenir l’apparition de maladies auto-immunes chroniques. Une perspective encore lointaine, mais qui pourrait transformer radicalement la prise en charge.
2 à 3 %
Prévalence de la goutte dans la population.
Texte:
- Clémentine Fitaire
Contact
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