Texte: 

  • Clémentine Fitaire

Photos: 

  • Fred Merz | lundi 13

« Chaque personne peut agir pour les autres »

Après s’être investie pendant des années dans l’action sociale, Anne-Lise Thomas dirige aujourd’hui la fondation Save a Life, réseau genevois de bénévoles intervenant en cas d’arrêt cardiaque. Une même conviction guide son parcours : celle qu’il est possible de donner à toutes et tous les moyens d’être utiles, y compris dans les situations d’urgence absolue.

Pulsations Votre engagement dans le domaine social a-t-il toujours été votre moteur ?
Anne-Lise Thomas Absolument. Durant mon parcours, j’ai accompagné des personnes en situation de précarité, en travaillant dans l’aide alimentaire, la recherche d’hébergements d’urgence ou encore l’insertion. Ce qui m’anime n’a jamais changé : chaque personne peut agir pour les autres si elle en a les moyens. Quand l’occasion s’est présentée, rejoindre la fondation Save a Life s’est donc imposé comme une évidence. Ici aussi, il est question de solidarité, de proximité et d’entraide.

Quelles sont ses missions ?
Elles tiennent en trois mots : agir, former et prévenir. Notre mission phare est le réseau des First Responders (ou « premiers répondants et répondantes », ndlr), des personnes bénévoles formées aux gestes qui sauvent. Lorsqu’un arrêt cardiaque est identifié par la centrale 144, une alerte est envoyée via l’application Save a Life. Celles et ceux qui sont les plus proches interviennent avant l’arrivée des secours. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’un simple citoyen ou citoyenne peut devenir le premier maillon de cette chaîne de secours. Le réseau compte aujourd’hui près de 3000 bénévoles à Genève.

Et les jeunes s’engagent aussi…
Oui, et c’est très encourageant. L’âge moyen des First Responders est de 34 ans. Beaucoup de jeunes trouvent dans ce réseau une manière concrète de s’investir pour les autres. Savoir qu’ils et elles peuvent porter secours à une personne de leur quartier donne beaucoup de sens à leur engagement. Je trouve cela formidable.

Pourquoi les premières minutes suivant un arrêt cardiaque sont-elles si déterminantes ?
Dès qu’il se manifeste, le compte à rebours est lancé. Chaque minute sans massage réduit les chances de survie. Tous les ans, près de 400 arrêts cardiaques extrahospitaliers sont dénombrés à Genève, dont environ 65% se produisent à domicile. La première personne à intervenir est donc souvent quelqu’un de l’entourage. Comme le rappelle le Dr Robert Larribau, responsable médical des urgences santé 144 des HUG : depuis la mise en place du réseau Save a Life, la survie en bon état neurologique a progressé de plus de 34% à Genève.

Vous êtes, vous-même, First Responder. Certaines interventions vous ont-elles particulièrement marquée ?
Oui, profondément. Je pense souvent à Gianmaria, un jeune de 17 ans qui s’est effondré sur un terrain de football. Son frère a commencé les premiers gestes avant que plusieurs First Responders n’arrivent avec un défibrillateur. Aujourd’hui, il va bien. Mais toutes les interventions ne se terminent pas aussi bien… L’une d’elles m’a particulièrement bouleversée, elle concernait l’un de mes voisins. Malgré tous nos efforts, il n’a pas survécu. Mais ce n’est pas tout : intervenir chez une personne, c’est entrer soudain dans son intimité… Nous rencontrons une famille, des proches, une histoire. Et cela crée des liens qui restent, quelle que soit l’issue.

Vous défendez également un accès plus équitable aux formations. Pourquoi ?
Parce que maîtriser les gestes qui sauvent ne devrait pas être un privilège. J’ai toujours voulu lever les barrières qui empêchent certaines personnes d’agir. Nous développons donc des formations adaptées aux personnes migrantes, à celles qui sont en situation de précarité, en fauteuil roulant, sourdes ou malentendantes, ou encore qui présentent une déficience intellectuelle. L’inclusion, ce n’est pas seulement donner l’occasion de participer, c’est aussi fournir à chacun et chacune les moyens de contribuer à aider les autres. Au-delà de l’apprentissage technique, ces formations renforcent la confiance en soi, créent du lien et montrent que nous pouvons faire la différence. C’est cette vision de la citoyenneté qui me porte depuis toujours.

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