Texte: 

  • Elisabeth Gordon

Photos: 

  • Bogsch & Bacco

Garder espoir face au Covid long

Les HUG ont mis en place deux consultations destinées l’une aux adultes, l’autre aux 10-18 ans qui ressentent toujours les effets du Covid-19 plusieurs semaines ou mois après avoir été infectés.

« Je n’ai plus de fièvre et je suis beaucoup moins essoufflée qu’au début, mais ma fatigue est omniprésente et j’ai de la tachycardie quand je marche. » Corine, 43 ans, a été contaminée par le coronavirus en octobre dernier. Son infection est maîtrisée depuis longtemps, mais les nombreux signes de la maladie sont loin d’avoir tous disparu. C’est aussi le cas de Lidiana, une adolescente de 13 ans : « J’ai eu le Covid-19 en novembre et depuis, j’ai toujours des maux de tête et je fais souvent des malaises. » Des symptômes qui, contrairement à ce qui a parfois été insinué, n’ont rien d’imaginaire. Ils correspondent à une maladie maintenant reconnue par le monde médical, le « long Covid ».

Comme Corine et Lidiana, de nombreuses personnes en souffrent, c’est-à-dire qu’elles ressentent toujours des effets liés au virus au moins quatre semaines – mais cela peut être plusieurs mois – après avoir contracté la maladie. Et cela « indépendamment de la sévérité de la phase aiguë de l’infection », souligne Mayssam Nehme, cheffe de clinique au Service de médecine de premier recours et responsable de la consultation Long Covid pour adultes. Parmi les symptômes les plus fréquents figurent la fatigue, la perte du goût et de l’odorat, la toux, les maux de tête et l’essoufflement. Mais il peut y en avoir bien d’autres, pulmonaires, cardiologiques, neurologiques, etc. « Ils sont similaires chez les adolescents et préadolescents, chez lesquels on constate cependant un peu plus de douleurs abdominales », précise Anne Perrin, cheffe de clinique au Service de pédiatrie et coordinatrice de la consultation Long Covid en pédiatrie.

Deux consultations spécialisées

Pour suivre et soutenir les personnes concernées, les HUG ont mis en place deux consultations Long Covid, l’une en décembre 2020 pour les adultes, l’autre en mai 2021 pour les 10-18 ans. Après avoir été adressées par leur médecin ou leur pédiatre (seuls les adultes peuvent venir de leur propre chef), les personnes font l’objet « d’un examen clinique complet qui nous permet de préciser leurs symptômes, mais aussi d’exclure d’autres maladies. Puis nous discutons des cas lors d’un colloque multidisciplinaire réunissant divers spécialistes (pneumologie, neurologie, cardiologie, maladies infectieuses, médecine interne générale, ORL, rhumatologie, psychiatrie, etc.) », explique la Dre Nehme. Quant à la prise en charge, « à l’heure actuelle, elle ne consiste pas en des traitements médicamenteux spécifiques, mais plutôt en un accompagnement et une réadaptation », poursuit la médecin. Corine peut en témoigner : « Je fais de la physiothérapie, car j’ai perdu tous mes muscles. Et je suis aussi suivie par un psychiatre pour ne pas tomber en dépression. »

En pédiatrie se pose aussi le problème des études. « Certains de mes patients n’ont pas pu aller à l’école pendant plusieurs mois, d’autres y sont allés à temps partiel et chez celles et ceux qui ont pu suivre tous les cours, les résultats scolaires ont souvent chuté », constate Anne Perrin. Lidiana, elle, a réussi son année. Non sans mal car, dit-elle, « mes symptômes me gênent. J’ai du mal à me concentrer à cause de mes maux de tête et quand je fais du sport, je suis plus essoufflée qu’avant ». La pédiatre prend donc soin de « communiquer avec les écoles, afin d’expliquer aux enseignants les difficultés que rencontrent leurs élèves ».

Fort heureusement, à mesure que les mois passent, la plupart des symptômes ont tendance à s’estomper. « Mon état de santé va vers le mieux, il faut garder espoir », conclut Corinne.
 

Fatigue persistante

Environ un tiers des personnes présentaient encore des symptômes sept à neuf mois après avoir été infectées par le coronavirus. C’est la conclusion d’équipes des HUG et de l’Université de Genève qui ont suivi 410 personnes n’ayant pas été hospitalisées. Parmi ces personnes, 20,7 % étaient toujours fatiguées, près de 17 % avaient perdu le goût et l’odorat, 12 % étaient essouflé·es et 10 % avaient des maux de tête. « Toutes les catégories d’âge sont touchées, y compris les personnes jeunes et en bonne santé », précise Mayssam Nehme, cheffe de clinique au Service de médecine de premier recours.

Plateforme interactive

Les HUG développent une plateforme interactive d’information et d’échanges sur les symptômes persistants du Covid-19. Elle s’adresse aux patients et patientes, ainsi qu'aux professionnels et professionnelles de santé pour optimiser la prise en charge des personnes souffrant de séquelles. Ce projet, financé par la Fondation privée des HUG, sera en ligne d'ici la fin de l'année.

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  • Elisabeth Gordon

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