Texte: 

  • Stéphany Gardier

Photos: 

  • Nicolas Righetti

«La médecine légale va bien au-delà des autopsies»

Directeur adjoint du Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) et responsable de l’Unité romande de médecine forensique, le Pr Tony Fracasso consacre ses recherches au syndrome du bébé secoué et à l’amélioration de la prise en charge des victimes de violences sexuelles.

Pr Tony Fracasso La seule évocation de la profession de médecin légiste suffit à plonger dans l’univers des séries et romans policiers. «Mais ces fictions mettent en scène des personnages stéréotypés, loin de la réalité de terrain», prévient le Pr Tony Fracasso, directeur adjoint du CURML et responsable de l’Unité romande de médecine forensique. Avant d’ajouter, un brin dépité : «Ce qui fait vendre et capte l’attention du public, c’est ce qui est glauque. C’est donc toujours cela qui est mis en avant. Je ne saurais pas citer un film ou un livre dans lequel j’ai pu reconnaître mon travail.»

Autre a priori à déconstruire : l’idée que la médecine légale serait celle «des morts». «Notre métier va bien au-delà des autopsies. Près de la moitié de notre temps est consacrée à des personnes bien vivantes. Nous intervenons auprès des victimes, mais également des autrices ou auteurs présumés d’agressions», détaille le Pr Fracasso. Avec la Pre Jasmine Abdulcadir, responsable de l’Unité des urgences gynéco-obstétricales, il a mis sur pied un groupe de recherche dédié à la prise en charge des victimes d’agressions sexuelles. Les deux médecins souhaiteraient développer un observatoire romand sur le sujet. «Il y a eu beaucoup de progrès dans la phase aiguë de la prise en charge, notamment grâce aux consultations qui associent gynécologues et médecins légistes. Mais nous pouvons faire mieux pour le suivi, notamment pour appréhender la détresse psychologique des victimes», constate-t-il.

Un « coup de foudre »

Le Pr Fracasso mène des recherches sur un autre sujet sensible : le syndrome du bébé secoué. C’est en 2002, à l’Institut de médecine légale de Münster, en Allemagne, qu’il a commencé à s’y intéresser. «J’ai débuté ma spécialisation en médecine légale à Gênes. Mais je m’y ennuyais un peu. J’ai alors tout fait pour rejoindre cet institut réputé, même si je ne parlais pas encore l’allemand», raconte-t-il. C’est avec seulement dix heures de cours de langue derrière lui qu’il quitte son Italie natale. Une décision cruciale pour la suite de son parcours. «La médecine, je l’ai apprise en Italie ; la médecine légale, en Allemagne», résume-t-il. Lui qui voulait initialement devenir anesthésiste explique avoir eu un véritable «coup de foudre» pour cette spécialité, devenue «un des grands amours de sa vie».

C’est donc en Allemagne que le médecin réalise ses premières autopsies de nouveau-nés, dans le cadre d’un projet de recherche sur la mort subite des nourrissons. Mais il voit aussi des bébés décédés après avoir été secoués. «J’avais un sentiment terrible de gâchis, car c’est un drame évitable. Les facteurs de risque sont connus, il est possible de travailler dessus. L’arrivée d’un bébé est un changement radical dans la vie des parents, il faut pouvoir mieux les accompagner», insiste le médecin qui a ensuite initié en Suisse la campagne de prévention zerobebesecoue.ch, projet conjoint des HUG et du Centre hospitalier universitaire vaudois.

Il y a peut-être finalement un trait de caractère que le Pr Fracasso partage avec les médecins légistes de fiction : une capacité innée à cloisonner la vie professionnelle et la vie personnelle. «Parce que nous effectuons des autopsies, les gens nous imaginent “blindés” face à tout. Mais par exemple, je suis incapable de regarder les films d’horreur qu’adore ma fille aînée», s’amuse le médecin. Avant de confier que la jeune fille aimerait devenir procureure, une autre voie pour défendre deux valeurs chères à son père : la justice et la recherche de la vérité

1975 : Naissance en Italie
2000 : Obtention du diplôme de médecine à l’Université de Gênes
2002 : Intégration de l’Institut de médecine légale de Münster (Allemagne)
2010 : Responsable de l’Unité de médecine forensique des HUG
2018 : Directeur adjoint du CURML

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  • Stéphany Gardier

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