Texte: 

  • Esther Rich

Photos: 

  • Gettyimages / Malte Mueller

La psychiatrie devient participative

Les personnes hospitalisées en psychiatrie sont aujourd’hui pleinement associées aux décisions qui les concernent. Leurs souhaits guident ainsi une prise en charge individualisée tout au long de leur séjour.

Prendre en compte les préférences, les besoins et les valeurs d’une personne hospitalisée en psychiatrie renforce les liens avec les thérapeutes, mais aussi améliore la qualité des soins. Plus encore: cela soutient le processus de rétablissement. Fort de ce constat, le Service de psychiatrie adulte a développé un projet sur l’approche participative des soins. «Notre objectif est de prendre le moins de décisions possible sans l’accord et la participation active de la personne. L’inclure est une priorité. Cela est d’autant plus important qu’elle se trouve généralement dans un état de vulnérabilité psychique et sociale», explique le Dr Alexandre Wullschleger, médecin adjoint agrégé au Service de psychiatrie adulte.

Concrètement, un plan de soins personnalisé est mis en place avec le patient ou la patiente et, éventuellement, ses proches. Définissant les objectifs de l’hospitalisation, il évolue au fil du temps pour rester au plus près des besoins de la personne concernée, dont l’autodétermination est ainsi sans cesse soutenue.

Planning individualisé

Autre changement important : les soignantes et soignants référents sont désormais réunis en groupe, ce qui offre aux personnes hospitalisées un point de contact clair et une présence ininterrompue. Cette organisation garantit la continuité des soins, tout en valorisant le travail collectif au sein de l’équipe. «Une rencontre hebdomadaire avec chaque personne hospitalisée a lieu et nous définissons avec elle un planning individualisé qui prévoit l’ensemble des soins et activités de la semaine», poursuit le médecin.

Cette nouvelle façon d’envisager les soins en psychiatrie bouleverse les pratiques existantes. «Nous accompagnons les équipes pour qu’elles s’approprient cette approche participative. Cela suppose un temps d’adaptation, mais renforce le sens qu’elles trouvent dans leur travail. Par ailleurs, trois fois par an, un forum réunit les équipes professionnelles, les patientes et patients, ainsi que les proches, leur offrant un espace d’échanges constructifs», explique Cindy Leprodhomme, facilitatrice pour l’implémentation du projet.

La Fondation privée des HUG et l’International Foundation (qui œuvre notamment dans le domaine de la santé mentale) financent un projet de recherche du Service de psychiatrie adulte visant à évaluer la satisfaction des patientes et patients avec cette nouvelle méthode.

Témoignage

« J’ai pu demander une diminution de ma médication »

Suzanne* a été hospitalisée plusieurs fois au Service de psychiatrie adulte pour des troubles bipolaires. Elle a ainsi perçu les changements provenant de la mise en place de l’approche participative. «Par le passé, les équipes soignantes suivaient les consignes des médecins et l’organisation était plutôt rigide, presque militaire. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les infirmières et infirmiers référents sont à disposition et proposent des entretiens individuels pour guider les personnes hospitalisées vers leur rétablissement. À titre d’exemple, je me suis sentie écoutée lorsque j’ai indiqué à mes référents qu’un médicament me donnait des vertiges et que je souhaitais diminuer sa posologie. Ils en ont parlé au médecin et cela a été accepté», explique la quinquagénaire. Suzanne a également assisté à l’entretien la concernant entre son référent et son médecin. «J’ai pu entendre ce qu’ils pensaient de mon état. Écouter leur point de vue m’a aidée. J’ai décidé de retarder ma sortie de l’hôpital afin d’être suffisamment stabilisée. Je suis reconnaissante envers toutes les personnes du Service de psychiatrie, car je l’ai quitté avec l’espoir d’aller mieux.»

* Prénom d’emprunt.

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