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  • Yseult Théraulaz

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La «smarter medicine» profite à tout le monde

Lutter contre les prescriptions automatiques, redonner du sens aux gestes médicaux et par la même occasion réduire coûts et déchets sont les bénéfices de la mise en pratique de ce concept.

«Smarter medicine» se traduit littéralement par «une médecine plus intelligente». Et c’est précisément le but de ce projet initié aux HUG en 2019 par le Dr Filippo Boroli, médecin adjoint au Service des soins intensifs, en collaboration notamment avec Audrey Prestini et Hélène Lenoir, infirmières responsables d’équipe, et la SMARTeam des soins intensifs. Le Dr Boroli explique : «Ce service est très spécialisé, avec beaucoup de ressources et un accès facilité à un grand nombre d’examens. La smarter medicine est un concept interdisciplinaire qui vise à casser certains automatismes que nous pouvons avoir en tant que soignants ou soignantes. En ayant travaillé à l’étranger, j’ai réalisé que nous pouvions soigner tout aussi bien en faisant beaucoup moins d’actes.»

Le Dr Boroli et Audrey Prestini ont ainsi implémenté dix actions proposées par la Société suisse de médecine intensive (SSMI) qui ne devraient plus être prodiguées par habitude, mais uniquement en cas de réel besoin. «Les équipes soignantes réalisaient beaucoup d’actes pour se rassurer ou par peur du jugement des collègues. À titre d’exemple, un grand nombre de gazométries (examen qui mesure le taux d’oxygène et de dioxyde de carbone dans le sang, ndlr) effectuées aux soins intensifs ne sont pas nécessaires. Si la personne est stable, cette prise de sang n’a pas d’intérêt, alors pourquoi la faire ?»

Mieux réfléchir pour ne pas trop prescrire

Grâce à la smarter medicine, prises de sang, transfusions, oxygénation, etc., sont moins fréquentes et ne sont surtout plus effectuées sans une réflexion préalable. «Cette nouvelle façon d’agir redonne du sens aux métiers exercés aux soins intensifs. Les équipes sont davantage motivées, car elles ont l’impression de faire un travail plus intelligent. Cet épanouissement est également un bon moyen d’éviter le burn-out», constate le Dr Boroli.

Pour que ce changement de pratiques se fasse dans les meilleures conditions, un accompagnement par les collègues au pied du lit des personnes hospitalisées, ainsi que des entretiens individuels, ont été organisés. «Nous avons également développé des aides écrites à la prise de décision concernant certains actes techniques», précise Audrey Prestini.

Par ailleurs, qui dit moins d’actes, dit aussi moins de dépenses. Sans oublier que lorsqu’un ou une infirmière ne passe pas cinq minutes à faire une gazométrie inutile, il ou elle peut allouer ce temps à autre chose.

Grâce à cette approche, la quantité de déchets a également baissé, améliorant la durabilité du service. «Grâce à la smarter medicine, entre 2019 et 2022, nous sommes parvenus à réduire la consommation de plastiques de 608 kg et celle de tubes de 87 000 unités ! Une médecine plus efficiente est aussi moins polluante et moins chère», se réjouit le Dr Boroli. Son projet «Smarter intensive care medicine : from quality of care to environmental sustainability» ( «Smarter medicine aux soins intensifs : de la qualité des soins à la durabilité environnementale» ) a d’ailleurs gagné un prix aux International Hospital Federation Awards en 2023.

Faire mieux avec moins

La médecine interne générale des HUG a aussi mis en pratique le projet smarter medicine. Le Pr Jean-Luc Reny, médecin-chef de ce service, a été mandaté par la Société suisse de médecine interne générale pour proposer des recommandations pour la médecine interne hospitalière en Suisse. «Le principe est de faire mieux avec moins. Il faut mettre dans la balance les bénéfices et les risques de certains gestes ou traitements médicaux et enlever ceux qui apportent peu d’avantages et beaucoup d’inconvénients !», résume le Pr Reny.

Ainsi, un groupe de travail a identifié cinq pratiques qui ne sont pas pertinentes. «Nous avons fondé nos réflexions sur des preuves scientifiques et médicales. Par exemple, il est inutile de traiter un pic de tension artérielle isolé d’une personne hospitalisée. Les valeurs peuvent en effet augmenter avec le stress induit par la prise de tension elle-même ou par l’hospitalisation. Il est alors préférable de la contrôler par la suite en s’assurant que le ou la patiente n’a aucune complication en lien avec ce pic de tension. En traitant systématiquement ce pic isolé, nous exposons la personne à davantage d’événements cardiovasculaires dus aux médicaments», illustre le Pr Reny.

Parmi les actes passés en revue, il y a également la prescription de neuroleptiques lors de l’hospitalisation pour des problèmes d’agitation et d’insomnie qu’il convient de ne pas renouveler automatiquement lorsque la personne rentre à domicile. Une autre de ces recommandations préconise d’éviter d’administrer des antibiotiques lorsque certains marqueurs inflammatoires sont élevés, car cela n’indique pas forcément qu’il y a une infection bactérienne. Ces exemples mettent en lumière des traitements qui ne devraient plus être proposés par habitude, mais seulement lorsque le tableau clinique de la personne l’indique.

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