Vestige d’une science androcentrée, la «médecine bikini», réduisant la santé des femmes à la sphère reproductrice, a vécu. Elle élargit enfin son champ opératoire à d’autres organes ou pathologies. À l’instar du cœur et de ses troubles qui ont été longtemps négligés, en raison d’un «copié-collé» réflexe sur ceux des hommes. Variations physiologiques, vulnérabilités accrues, facteurs de risque spécifiques, différences dans les symptômes de l’infarctus: autant d’éléments déclinés au féminin qui peuvent retarder de manière dramatique le diagnostic et la prise en charge d’urgences pour lesquels chaque minute compte.
La récente création du Pôle de la médecine cardiovasculaire de la femme (lire notre dossier Santé des femmes) vise justement à corriger ces inégalités de santé grâce à une approche adaptée ainsi qu’à un accent mis sur la recherche et la formation des médecins.
Mais les caractéristiques liées au sexe biologique ne sont pas les seules en cause dans les angles morts de la santé des femmes. Le genre est aussi au cœur du problème, en (sur)exposant ces dernières aux violences et à une pression sociale saturée d’injonctions paradoxales ciblant leur corps et leurs choix de vie. Une multitude de préjugés pèsent ainsi sur la santé mentale féminine qui paie un lourd tribut à la dépression, à l’anxiété ou encore aux addictions.
Alors, l’avenir de la médecine sera-t-il genré ? La réponse doit être oui chaque fois que cela se justifie. Et les domaines ne manquent pas: recherche médicale, prescription de médicaments, apnées du sommeil ou encore influence des fluctuations hormonales sur le cerveau. Sans oublier la prévention, dans l’espace privé comme public, dont le rôle est essentiel pour lutter contre les abus et les violences fondés sur le genre à l’origine de tant de souffrances évitables.
Texte:
- Suzy Soumaille - Rédactrice en chef
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