Texte: 

  • Laetitia Grimaldi

Photos: 

  • Josef Mimic

Le sexe des médicaments

Trois questions à la Pre Caroline Samer, médecin-cheffe du Service de pharmacologie et toxicologie cliniques.

Pulsations L’un de vos projets* vient d’obtenir un financement du Fonds national suisse dans le cadre du Programme national de recherche «Médecine, santé et genre». En quoi consiste-t-il ?
Pre Caroline SAMER Il vise à améliorer l’intégration du sexe et du genre dans la recherche médicale. À travers une étude appelée «GRACE», nous évaluons notamment si de nouvelles recommandations nationales, élaborées avec swissethics**, pourraient faire évoluer les protocoles de recherche. Depuis quelques années, des préconisations européennes existent, mais beaucoup reste à faire. Trop souvent, les médicaments sont d’abord testés chez des modèles animaux mâles, puis lors des premières phases d’essai chez l’être humain, sur des hommes. Les femmes sont ensuite généralement incluses, mais pas toujours en nombre suffisant, et les résultats ne sont pas systématiquement analysés selon le sexe. À l’ère de la médecine personnalisée, tenir compte du sexe et du genre à chaque étape de l’élaboration d’un médicament, puis dans son suivi, devrait devenir une évidence.

Comment les différences biologiques influent-elles sur les médicaments ?
Pour de multiples raisons, notamment hormonales, elles peuvent avoir une influence considérable sur la pharmacocinétique, autrement dit la façon dont l’organisme absorbe, distribue, métabolise et élimine un médicament. Par exemple, des différences au niveau digestif pourraient jouer sur la vitesse d’absorption de certains traitements pris par voie orale, comme l’aspirine, et donc sur le délai d’apparition de leur effet. En raison d’une composition corporelle en moyenne plus riche en masse grasse, les femmes peuvent aussi être plus sensibles aux molécules lipophiles (se liant aux graisses, ndlr). Celles-ci peuvent donc être stockées dans le corps plus longtemps, entraînant entre autres une somnolence prolongée avec certains somnifères.

Ces spécificités, associées aux possibles interactions avec, par exemple, la prise de contraceptifs féminins, peuvent conduire à une exposition insuffisante ou excessive aux médicaments, nuire à leur efficacité et aggraver les effets indésirables.

La solution serait-elle d’adapter les posologies en fonction du sexe ?
Si cela est justifié, oui. En 2013, la Food and Drug Administration américaine a ainsi recommandé de diminuer de moitié, chez les femmes, la dose initiale pour un somnifère connu pour les exposer à davantage d’effets indésirables. Il n’est pas certain que 100% des médicaments exigent une telle adaptation, mais 100% d’entre eux devraient être testés.

* Mené avec la Pre Angèle Gayet­-Ageron (directrice de l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne) et la Dre Joëlle Schwarz (coresponsable de l’Unité santé et genre d’Unisanté).

** Association suisse des Commissions d’éthique de la recherche.

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