Responsable du laboratoire de bactériologie, et expert reconnu du microbiote, le Pr Jacques Schrenzel occupe également, depuis 2020, la présidence de la Commission fédérale d’experts pour la sécurité biologique (CFSB). Une institution discrète, mais essentielle au service de la protection des êtres humains, des animaux et de l’environnement.
Pulsations : Pouvez-vous nous décrire le fonctionnement et les missions de la CFSB, que vous présidez ?
Pr Jacques Schrenzel : Il s’agit d’une commission extraparlementaire, composée de quinze personnes sélectionnées pour leur expertise dans différents domaines du vivant. Nous veillons à une représentation équitable des régions, genres et sensibilités linguistiques. Notre travail est apolitique et se fonde sur l’objectivité et la science. Nos missions sont variées et nous avons un rôle important de veille et de conseil. Tout au long de l’année, nous effectuons un travail de surveillance des risques biologiques pour la santé humaine et animale ou pour l’environnement. Répondant aux mandats du Conseil fédéral et des offices fédéraux, la commission est consultée lors de l’élaboration, la mise en œuvre ou la révision des lois, ordonnances et directives. Nous apportons ainsi aux responsables des différents offices de l’administration fédérale des éléments fondés sur des preuves scientifiques afin d’éclairer leurs décisions.
Pourquoi la vulgarisation scientifique est-elle au cœur de votre travail ?
Car nous, scientifiques, avons tendance à utiliser beaucoup de termes techniques et de nuances. Or, si la commission est garante de la rigueur scientifique, son travail doit répondre aux besoins des différents publics pour être utilisable. Ayant des domaines d’expertise assez éloignés les uns des autres au sein de la commission, nous devons faire un premier effort de vulgarisation pour échanger entre nous. Lors des réunions en particulier, nous nous parlons en français ou en allemand, ce qui nous oblige à communiquer de manière plus simple, plus directe. La vulgarisation fait donc partie intégrante de notre processus de travail, et pas uniquement au moment de transmettre nos conclusions.
Quels sont les risques biologiques auxquels la Suisse fait face ?
Ils sont de natures très variées. Cela va de la progression de l’antibiorésistance à l’arrivée d’espèces invasives, en passant par les infections d’origine alimentaire, les conséquences de la sélection d’organismes par génie génétique ou encore les maladies dites «vectorielles», transmises par le moustique tigre par exemple. En 2019, nous avons établi un inventaire de ces risques et avons évalué, pour chacun, la probabilité que l’événement indésirable se produise ainsi que l’ampleur de ses possibles conséquences. Il était destiné à donner à nos interlocuteurs et interlocutrices une meilleure vision d’ensemble, afin de les aider à mieux anticiper ces risques. Le document est disponible en ligne : Risques biologiques en Suisse.
Vous évoquez la transmission de maladies par le moustique tigre, qui est en forte augmentation ces dernières années dans des pays voisins. Quelles actions mène la commission ?
Nous surveillons de près la présence de ce moustique sur notre territoire. Nous avons notamment soutenu l’Institut de microbiologie de la Haute école spécialisée de la Suisse italienne (SUPSI) pour affiner la technique de stérilisation et de libération des moustiques mâles. Cette approche nous semble particulièrement prometteuse et pertinente afin de limiter la reproduction de ces insectes dans notre pays, en complément des autres mesures de contrôle bien sûr. Depuis le début des années 2000, des tests sont en cours au Tessin qui a servi de laboratoire avancé face à la remontée de ce moustique depuis la plaine du Pô. Ces expériences pourront ensuite profiter à d’autres régions comme Genève ou Bâle car, dans les années à venir, il y a fort à parier que ce moustique ou d’autres vecteurs deviendront un enjeu sanitaire dans tout le pays.
Texte:
- Stéphany Gardier
Photos:
- Fred Merz










