Sollicitée du matin au soir, et parfois même la nuit, notre attention n’est pourtant pas sans limites. Pour notre bien-être mental, mais aussi physique, il est crucial de laisser notre cerveau vraiment se reposer.
Quand e-mails et messageries instantanées ont commencé à s’immiscer dans notre quotidien, nous trouvions cette nouveauté fascinante, sans penser que quelque 25 ans plus tard, les sollicitations digitales seraient quasi permanentes. Avec de surcroît des rythmes de vie de plus en plus trépidants, nous imposons ainsi des stimulations sans relâche à notre esprit. «Pourtant, comme la musique alterne notes et silences pour être harmonieuse, notre cerveau a besoin de temps de productivité, mais également de moments de repos pour fonctionner correctement», rappelle la Dre Sophia Achab, médecin adjointe agrégée au Service d’addictologie, responsable du programme ReConnecte et directrice du Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Éviter le « multitasking »
Ainsi, même après une journée de travail, il n’est pas rare de lancer une série sur sa tablette tout en commençant à préparer le repas… juste avant de repenser au dernier message reçu. Puis, au moment de se saisir du téléphone pour y répondre, un e-mail nous amène à rallumer notre ordinateur pour envoyer un fichier à un collègue. «Ce multitasking (effectuer plusieurs tâches en parallèle, ndlr) peut donner le sentiment d’être super efficace, mais, en réalité, il provoque une fragmentation de l’attention qui génère une baisse de productivité. Par ailleurs, cela augmente le stress chronique, qui est très néfaste pour le cerveau», prévient la Dre Achab.
Et ce n’est pas tout : l’effacement de zones de répit nourrit une perte de connexion à soi-même qui expose au risque d’épuisement. «L’entourage professionnel, familial ou amical peut avoir tendance à penser que nous pouvons, voire devons, répondre où que nous soyons, tout le temps et immédiatement. Ce n’est absolument pas sain. Si vous êtes dans votre salle de bains, par exemple, c’est un moment d’intimité et de présence à vous-même qui ne devrait pas être parasité», illustre l’experte.
S’ancrer dans le présent
Il est donc nécessaire de mettre des garde-fous, au travail comme à la maison. Parmi les réflexes clés : désactiver les notifications, utiliser le mode «Concentration» du téléphone, prévoir des réponses automatiques pour les e-mails reçus le week-end, etc. Et surtout se convaincre qu’il est légitime de se reposer de cet univers digital qui, lui, ne s’arrête jamais. Réduire le besoin de manipuler son smartphone peut aider. «Il a fait rêver, car il remplaçait différents objets et fonctionnalités en étant toujours à portée de main. Eh bien, il est peut-être temps de racheter un réveil, un agenda et de remettre des piles dans la radio, par exemple», sourit la Dre Achab.
La spécialiste loue également les bienfaits de la pleine conscience. Méditer de manière formelle n’est pas une obligation pour s’ancrer dans le présent. Entre autres méthodes, il suffit de mobiliser ses cinq sens lors d’un repas ou de prêter attention à l’environnement pendant une balade. Et rien de mieux aussi pour reposer son cerveau que de pratiquer un peu d’exercice physique ou une activité manuelle, sans smartphone à proximité, évidemment. Le tout «en se concentrant sur l’endroit où nous sommes», résume la Dre Achab.
Ouvrir un livre…
La lecture est un havre de paix pour le cerveau. En occupant les mains, les livres limitent la tentation de faire défiler sur son téléphone. De plus, le contact du papier et l’odeur de l’encre activent nos sens. Lire offre, en outre, une parenthèse hors du monde très chargé en images dans lequel nous évoluons. «Cela permet d’être dans une temporalité plus lente, plus propice au calme intérieur, de travailler notre capacité d’attention, mais aussi de développer notre imagination et notre créativité», souligne la Dre Sophia Achab, médecin adjointe agrégée au Service d’addictologie, responsable du programme ReConnecte et directrice du Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Texte:
- Stéphany Gardier
Photos:
- Bogsch & Bacco avec l’aide d’une IA










