Encore peu connue du grand public, la pratique du chemsex soulève des questions de santé majeures. Pour mieux répondre aux besoins des personnes concernées et lutter contre la stigmatisation, les HUG ont ouvert une consultation spécialisée, fondée sur l’écoute, la réduction des risques et une prise en charge interdisciplinaire.
Le chemsex – contraction de chemical (chimique en anglais) et de sex – désigne l’usage de substances psychoactives pour faciliter, prolonger ou intensifier les rapports sexuels. S’il peut être recherché pour la désinhibition ou l’intensité sensorielle, il expose aussi à des risques bien réels: dépendance, surdosage, troubles psychiques, violence, perte de contrôle ou encore infections sexuellement transmissibles (IST). «C’est une pratique qui touche deux sujets sensibles: l’usage de substances et la sexualité d’une population qui a toujours été marginalisée», explique le Dr Matteo Reymond, médecin au Service des maladies infectieuses et référent de la nouvelle consultation chemsex.
Elle concerne en effet en majorité, mais pas exclusivement, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Les données disponibles estiment qu’environ 15% d’entre eux auraient recours à cette pratique.
Au-delà des risques médicaux, les personnes sont souvent exposées à une double stigmatisation, associée à la consommation de substances et à leur appartenance à la communauté LGBTQIA+. «En médecine de premier recours comme aux urgences, beaucoup d’entre elles peuvent se heurter au manque de connaissances du personnel sur la pratique du chemsex. Celle-ci s’inscrit dans un contexte particulier, impliquant des produits, des raisons de consommer et des enjeux de santé différents de ceux liés à d’autres substances», souligne le Dr Reymond.
Écoute, expertise et coordination
Face à ces besoins croissants, les HUG ont ouvert à l’automne 2025 une consultation spécialisée, financée par la Fondation privée des HUG. Elle vise à offrir un espace confidentiel, bienveillant, sans jugement et, surtout, transdisciplinaire. «Nous voulons permettre à chacun et chacune de parler librement de ce sujet, qu’il s’agisse d’une expérience occasionnelle vécue positivement ou d’une pratique devenue problématique, et de trouver les aides adaptées», précise l’expert.
La consultation est assurée par un médecin spécialiste du chemsex, une infirmière formée à la réduction des risques, une psychologue-sexologue, deux addictologues du Service de médecine de premier recours ainsi qu’un consultant en addictions et une personne paire aidante (ayant vécu une expérience similaire). Elle collabore également avec plusieurs services de première ligne des HUG: la psychiatrie, les urgences, la médecine interne générale et les soins intensifs.
Un accompagnement personnalisé est proposé autour de différents domaines: réduction des risques, prévention contre les IST, sexologie, psychologie, addictologie, soutien psychiatrique ou par un ou une paire aidante. La consultation s’adresse à tout individu consommant des substances en contexte sexuel qui souhaite parler de sa pratique ainsi qu’à ses proches, dont le soutien peut être déterminant. «Mon souhait serait que n’importe quelle personne pratiquant le chemsex sache vers qui se tourner, et ce, avant que la situation ne devienne urgente. Nous voyons encore trop de situations de détresse avancée», insiste le Dr Reymond.
Témoignage
« J’avais besoin d’un accompagnement médical » Boris*, 34ans
«Je pratique le Chemsex depuis plusieurs années, mais j’ai progressivement pris conscience que j’avais besoin d’un accompagnement médical car ma consommation de substances était devenue problématique. Réfléchir et chercher des solutions avec des personnes compétentes, dans une approche globale et sans jugement, comme cela est possible au sein de la consultation des HUG, fait vraiment la différence, car cette pratique a plusieurs facettes. Aujourd’hui, je poursuis les consultations et j’ai l’impression d’apprendre beaucoup sur moi-même. Je ne sais pas comment les choses évolueront, mais je sais que je vais déjà mieux.»
* Prénom d'emprunt.
Texte:
- Clémentine Fitaire
Photos:
- Bogsch & Bacco avec l'aide d'une IA










