Texte: 

  • Clémentine Fitaire

Photos: 

  • Julien Gregorio

Vaccin contre le Covid-19 : efficace en cas de cancer ?

Les résultats des essais cliniques annoncés par les grands laboratoires pharmaceutiques pour leurs vaccins contre le Covid-19 frôlent la perfection. Mais cette efficacité promise est-elle aussi transposable aux populations fragiles ?

Avec une efficacité entre 91% et 98% pour le vaccin développé par Pfizer/BioNTech, une partie de la population a déjà reçu une première injection, à commencer par les personnes âgées ou présentant des facteurs de risque. Subsiste toutefois un point d’interrogation: le vaccin sera-t-il aussi efficace sur les patients très vulnérables, en particulier celles et ceux suivant un traitement anticancéreux? Pour en avoir la réponse, l’équipe du Pr Nicolas Mach, médecin adjoint agrégé, responsable de l’Unité de recherche clinique du Service d’oncologie, a mis en place une large étude observationnelle.

Pulsations Pourquoi est-il nécessaire de suivre de près les personnes atteintes d’un cancer après vaccination ?
Pr Nicolas Mach : Le programme de vaccination mis en place par les autorités est organisé pour vacciner la population générale le plus largement possible. Mais le suivi de ces personnes, et en particulier les plus vulnérables, n’est pas réalisé. Pour les patients oncologiques qui sont sous traitement de chimiothérapie ou d’immunothérapie, il y a un risque – peut-être faible, mais un risque tout de même – que le vaccin soit inefficace, c’est-à-dire que l’organisme ne produise pas les anticorps nécessaires pour combattre le virus. C’est ce qui par exemple a été observé avec la grippe H1N1, contre laquelle certains patients ont de la peine à être immunisés, après vaccination.

Concrètement, comment ce suivi va-t-il s’effectuer ?
Dès les prochaines semaines, chez tous les patients suivis en oncologie et vaccinés dans le cadre de notre programme de vaccination, nous allons mesurer les anticorps classiques et l’immunité cellulaire. Cela nous permettra de vérifier qu’ils sont bien immunisés. Si ce n’est pas le cas, il est important de le savoir car il faudra les inciter à continuer à prendre des mesures importantes de protection.

Les personnes atteintes d’un cancer sont-elles plus vulnérables au Covid-19 ?
Elles sont en effet un peu plus vulnérables. Elles n’ont pas davantage de risques de l’attraper, mais possèdent des défenses immunitaires réduites et font donc généralement des formes plus sévères de la maladie. Nous avons pu observer à peu près 10% de mortalité due au Covid-19 chez les patients avec traitement anticancéreux actif, contre 1% dans la population générale.

Durant l’année qui vient de s’écouler, vous avez également travaillé au développement d’un vaccin spécialement destiné à ce public.
En collaboration avec le Centre de thérapie cellulaire des HUG, l’Université Laval au Québec et MaxiVAX, société genevoise spécialisée dans les biotechnologies, nous avons en effet tenté d’utiliser une plateforme technologique déjà développée en oncologie médicale pour la mise au point de vaccins antitumoraux (le but est d’inciter le système immunitaire à attaquer les cellules cancéreuses déjà présentes dans le corps), afin de l’appliquer à la conception d’un vaccin qui prévient le coronavirus SARS-CoV-2, responsable du Covid-19. Il s’agit d’une stratégie relativement complexe de par son application. Mais si les vaccins actuels s’avéraient inefficaces sur les patients vulnérables chez qui les défenses sont déjà diminuées, nous pourrions utiliser ce procédé-là.

Comment fonctionne ce vaccin ?
Cette stratégie de vaccination antitumorale combine deux composants: un adjuvant (stimulant du système immunitaire) et des cibles (cellules du patient). Dans le cadre de la vaccination contre le Covid-19, on utilise ce même adjuvant associé à une cible différente, la protéine Spike de SARS-CoV-2. Notre stratégie vaccinale ne propose pas d’injections, mais consiste à introduire sous la peau un petit implant sécrétant, durant une semaine, l’immunostimulateur combiné à sa cible (la protéine de surface Spike).

Peut-on imaginer que cette technologie soigne d’autres maladies ?
Potentiellement oui. Vacciner contre le coronavirus est très facile car il est proche des virus respiratoires. Il y a d’autres virus pour lesquels il est beaucoup plus difficile de s’immuniser. Donc on pourrait très bien imaginer que notre stratégie puisse potentiellement être utilisée pour d’autres maladies plus complexes contre lesquelles il n’existe pour l’instant aucune vaccination ou à efficacité limitée (VIH, tuberculose, malaria, hépatites, etc.).

Texte: 

  • Clémentine Fitaire

Photos: 

  • Julien Gregorio
Partager
En savoir plus

Mots clés: 

Autres articles