Lancé en 2016, le programme «Plus de temps au service des patients» (PTP) vise à améliorer la qualité du temps passé auprès des personnes hospitalisées. Il fait aujourd’hui l’objet d’études, notamment pour évaluer ses bienfaits sur la gestion de la douleur.
Déployé dans plus de 70 unités, le programme PTP repose sur des objectifs aussi simples qu’ambitieux: améliorer la qualité du temps au chevet des patientes et patients et accroître leur implication dans leur prise en charge en les plaçant au cœur des soins, favoriser la communication avec les équipes soignantes, soutenir la collaboration interprofessionnelle et renforcer la sécurité des soins. «Les parcours de soins sont devenus plus complexes et le passage à l’hôpital n’en représente qu’une partie. Le temps passé auprès des patients et patientes devient alors un enjeu central», souligne le Pr Thomas Agoritsas, médecin adjoint agrégé au Service de médecine interne générale.
Le programme PTP porte notamment sur une réorganisation des tâches médico-soignantes et une simplification des processus cliniques et administratifs pour optimiser le temps à disposition. Concrètement, une équipe dédiée est mobilisée pour analyser le fonctionnement des unités concernées et proposer un système de solutions adaptées à chaque contexte. D'où par exemple l'introduction du huddle, une courte séance de coordination organisée deux fois par jour afin que les équipes soignantes, administratives et logistiques puissent partager les informations essentielles et ajuster les priorités. Associé aux visites de sécurité, ce dispositif s’inscrit dans une logique d’anticipation et de gestion des risques.
Quelque 15 000 patientes et patients
Pour mesurer l’impact du programme PTP, les HUG ont entrepris une évaluation scientifique menée auprès d’environ 15 000 personnes hospitalisées, publiée en 2025. Menée par le Dr Clément Buclin, doctorant, le Pr Agoritsas et la Pre Delphine Courvoisier, responsable de l’enquête de satisfaction au Service qualité des soins, elle montre des résultats encourageants, comme une administration plus rapide des traitements antidouleur. Elle ne révèle toutefois pas d’évolution notable sur la satisfaction des patientes et patients. «Cela peut s’expliquer par une atténuation rapide du souvenir de la douleur, en raison des mécanismes propres à la mémoire, ainsi que du délai de l’envoi du questionnaire», explique la Pre Courvoisier, tout en rappelant que la satisfaction concernant la prise en charge elle-même était déjà très élevée.
«Il faut rester humble face aux résultats, car de tels changements sont lents et difficiles à mesurer. L’objectif est d’améliorer la prise en charge pas à pas», ajoute le Pr Thomas Agoritsas. C'est certain, le programme PTP a profondément transformé le fonctionnement des unités. «Il n’y a pas de retour en arrière pour celles qui l’ont expérimenté. Plus qu’un projet, il s’agit d’un véritable changement de culture hospitalière et d’une réussite sur le plan interprofessionnel», conclut Audrey Le Mauguen, responsable du programme PTP.
Témoignage
« Le programme PTP change l’expérience de l’hospitalisation »
Hospitalisée dans plusieurs unités engagées dans le programme PTP pour des raisons oncologiques, Céline*, patiente partenaire, témoigne de son expérience. «Dans un lit d’hôpital, avec la douleur, les pensées tournent vite en boucle: pourquoi ai-je mal? Combien de temps cela va-t-il durer? La douleur alimente l’inquiétude. La communication avec l’équipe soignante prend alors toute son importance. Sentir sa présence et mieux comprendre comment s’organise la prise en charge rassure et renforce le sentiment de sécurité. La simple question «Sur une échelle de 1 à 10, où situez-vous votre douleur?» crée un langage commun entre la personne soignante et celle qui est soignée. Le programme PTP change vraiment l’expérience de l’hospitalisation, par ailleurs souvent éprouvante.»
*Prénom d'emprunt.
Texte:
- Anna Bonvin
Photos:
- Nicolas Righetti | lundi13










