Après s’être passionnée pour les mathématiques et l’informatique au Canada, avoir fait sa thèse à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et être notamment devenue professeure associée à la Nanyang Technological University à Singapour, Pina Marziliano dirige depuis sept ans le Centre d’imagerie biomédicale (CIBM), avec un enthousiasme sans cesse renouvelé.
Pulsations : Quelle est la mission du CIBM ?
Pina Marziliano : Depuis sa création en 2004, le centre vise à réunir les expertises en imagerie biomédicale des cinq partenaires du projet Science-Vie-Société (SVS) qui l’ont fondé. Il s’agit de l’EPFL, l’Université de Genève, les HUG, l’Université de Lausanne et le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).
Dédié à la recherche et à l’enseignement, le CIBM a une particularité aussi rare que précieuse: il est en lien direct avec les besoins de la médecine, puisque plusieurs de ses chercheurs et chercheuses travaillent aux côtés des équipes soignantes au sein même des hôpitaux, à savoir les HUG et le CHUV.
Comment la recherche s’organise-t-elle ?
Le CIBM est structuré autour de cinq modules baptisés selon leur domaine d’expertise: «Science des données», «Électroencéphalographie», «Imagerie par résonance magnétique (IRM)», «Imagerie préclinique» et «Traitement du signal». Sous l’impulsion de son ou sa responsable, chacun d’entre eux s’investit dans des projets spécifiques en associant une ou plusieurs des institutions partenaires et des équipes de recherche. Les champs explorés concernent des sujets aussi variés que l’insuffisance cardiaque, l’étude des rythmes du sommeil, la prévention des accidents vasculaires cérébraux, la maladie d’Alzheimer ou encore l’analyse des images du cerveau pendant la vie fœtale.
Les progrès dans ces domaines passent-ils par les outils d’imagerie biomédicale eux-mêmes ?
C’est certain. La force du CIBM est d’apporter son expertise dans la conduite de projets de recherche complexes, mais également de faciliter l’acquisition et l’utilisation de technologies de pointe. Un fonds dédié permet le co-financement d’appareils révolutionnaires, comme l’IRM 3 teslas récemment installée aux HUG qui ouvre des perspectives majeures en oncologie. Depuis la naissance du CIBM, ces équipements se partagent entre usage clinique pour les patients et patientes et recherche.
Le CIBM vient de lancer un vaste projet portant sur le développement cérébral. Pouvez-vous nous en dire plus ?
C’est une initiative unique et exceptionnelle, car elle va fédérer pendant cinq ans l’ensemble des expertises du centre autour d’un sujet commun: le développement neurophysiologique durant l’enfance. L’idée est d’évaluer l’influence de compétences clés pour agir dans le monde de demain, telles que la curiosité, la créativité ou encore la coopération avec l’autre. Des recherches se multiplient à ce sujet en Asie ou aux États-Unis, par exemple, mais elles sont beaucoup plus rares en Europe. Cela pourrait sembler loin des soins, mais il n’en est rien: la médecine a aussi pour but d’anticiper les problèmes de santé.
Or la prévention passe invariablement par la connaissance. Dans ce contexte, comprendre comment l’enfant apprend, au-delà du cerveau lui-même, est un défi inouï.
Votre parcours professionnel vous a permis d’explorer des univers très variés: qu’est-ce qui vous a conduite à l’imagerie biomédicale ?
Dès le début de mes études de mathématiques, j’ai été intéressée par leurs applications dans la «vraie vie». Aujourd’hui, le poste que j’occupe me comble puisqu’il s’agit d’optimiser les synergies entre les expertises de chercheurs et chercheuses d’exception et des outils technologiques surpuissants pour aider la science, la médecine et, finalement, la société elle-même. Bien loin des formules et des théorèmes, je suis émerveillée par la concrétisation physique des idées, comme la fabrication de ces bobines ultrasophistiquées appliquées sur le crâne pour réaliser des IRM cérébrales et tout le génie scientifique qui s’ensuit pour capter les signaux, les traduire en images et finalement percevoir ce qui se passe dans le cerveau. L’imagerie biomédicale est un champ aussi immense que fascinant.
Texte:
- Laetitia Grimaldi
Photos:
- Nicolas Righetti | lundi13










