Texte: 

  • Anna Bonvin

Photos: 

  • David Wagnières

L’Unité 15 ou comment soigner au rythme de la personne

Plongée dans une structure hospitalière de gériatrie qui défend une prise en charge interprofessionnelle et limite le recours aux médicaments. Pleinement ouvert aux personnes proches aidantes, ce lieu plaide pour une approche intégrative en soins aigus.

Un après-midi en apparence paisible, à l’Unité de gériatrie cognitivo-comportementale (aussi appelée Unité 15) de l’Hôpital des Trois-Chêne. Dans les couloirs, quelques patientes et patients déambulent, d’autres restent dans leur chambre ou sont installés dans des fauteuils au sein des espaces communs. Un calme trompeur car l’équilibre peut se rompre à tout moment. Comportant 18 lits, l’unité accueille chaque année près de 350 personnes. La majorité d’entre elles présente un état confusionnel aigu, lié à des pathologies physiques, se traduisant par des altérations brutales et fluctuantes de la conscience, de l’attention et des fonctions cognitives (mémoire et orientation notamment).

Unité de gériatrie cognitivo-comportementale Le rôle de l’équipe soignante est double : identifier et traiter les atteintes physiques présentes, tout en aidant la personne à retrouver la conscience de son environnement et d’elle-même. Une mission délicate car la plupart de ces patients et patientes présentent des difficultés de compréhension et des capacités relationnelles réduites. «Face à cette réalité, l’unité défend une approche encore peu répandue dans les soins aigus : miser sur la communication et limiter autant que possible le recours aux médicaments. Les traitements pharmacologiques y sont donc utilisés en seconde ligne, conformément aux recommandations de bonnes pratiques», explique la Dre Aline Mendes, médecin adjointe agrégée et responsable de l’unité.

Dans le cadre de ce suivi, chaque comportement est ainsi envisagé comme un message à décoder, une tentative de mise en lien à même de «donner du sens au non-sens», selon l’expression utilisée dans l’unité. Les personnes proches aidantes y jouent un rôle clé : dépositaires de l’histoire et des repères de la personne, elles sont pleinement intégrées à la prise en charge et activement soutenues par l’équipe.

L'unité tient compte du besoin de mouvement lié aux troubles cognitifs.

L'unité tient compte du besoin de mouvement lié aux troubles cognitifs.

Au rythme des patients et patientes

Unité de gériatrie cognitivo-comportementale Modifier durablement une culture hospitalière bien ancrée reste un défi de taille. Pour y répondre, l’unité s’appuie sur le soutien de la Fondation privée des HUG qui a permis de financer l’achat de matériel spécifique, mais également les ressources humaines permettant de mettre en place les différentes approches non médicamenteuses. L’organisation est pensée pour restaurer les repères et le bien-être des personnes hospitalisées.

Afin de prendre en compte le besoin de mouvement lié aux troubles cognitifs, l’unité est ainsi construite pour permettre une déambulation libre et sécurisée. Les personnes se couchent et se lèvent à leur rythme, les repas sont le plus souvent pris en commun, favorisant le lien social. Des activités de groupe, menées par une équipe interprofessionnelle, stimulent la mobilité, la cognition et les interactions. L’équipe soignante est aussi spécialisée en thérapie sensorielle, une approche fondée sur une stimulation contrôlée des sens favorisant la détente et le sentiment de sécurité.

Cette vision intégrative des soins aigus dépasse les murs de cette structure avec une équipe mobile s’investissant dans les autres unités de l’Hôpital des Trois-Chêne et une consultation dédiée au suivi post-hospitalier.

Supervision psychologique des équipes

l’Unité de gériatrie cognitivo-comportementale L’état confusionnel dont souffrent les patients et patientes de l’unité peut les rendre soudainement agitées, opposantes, voire agressives, ce qui se traduit par un haut risque de violence envers le personnel hospitalier. Pour y faire face, ce dernier bénéficie notamment de supervisions psychologiques. «Travailler ici peut être éprouvant. Nous essayons de valoriser au maximum le rôle de chacune et chacun, ainsi que de pourvoir un cadre sécurisé pour que l’équipe puisse faire preuve d’initiative et d’adaptabilité», souligne la Dre Aline Mendes.

L'utilisation du chariot sensoriel permet de stimuler les sens de façon contrôlée.

DELIA ANTILLE, psychologue spécialisée en neuropsychologie au Service de gériatrie et de réadaptation

« Les personnes proches aidantes jouent un rôle central, mais invisible »

«Les proches aidantes et aidants, qui sont majoritairement des femmes, jouent un rôle central, mais souvent invisible. Nous les considérons comme de véritables partenaires de soins: dès l’admission, leur niveau d’épuisement est évalué et un soutien leur est proposé. Ces personnes sont encouragées à identifier leurs limites et peuvent assister à certaines thérapies.»

SANDRINE PLADER, infirmière à l’Unité de gériatrie cognitivo-comportementale

« Plus de créativité dans les soins »

«L’approche non médicamenteuse de l’unité repose sur plusieurs thérapies intégratives, comme l’hypnose, à laquelle j’ai été formée. Nous parvenons ainsi à créer une vraie relation de confiance avec les personnes hospitalisées, à passer davantage de temps avec elles, à redonner du sens à notre pratique des soins, notamment en y apportant plus de créativité.»

ALAIN NDUGUMA, aide en soins et accompagnement (ASA) à l’Unité de gériatrie cognitivo-comportementale

« La thérapie sensorielle fait du bien à tout le monde »

«Au sein de l’unité, nous disposons d’un chariot sensoriel qui fait travailler le toucher, les images et les couleurs, et diffuse une musique apaisante ou des odeurs familières. L’essentiel est de connaître les préférences de chaque personne afin de lui procurer du bien-être – parfois simplement en étant à son écoute. La thérapie sensorielle fait du bien à tout le monde, même à l’équipe soignante !»

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  • Anna Bonvin

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