Une consultation, associant une gynécologue-obstétricienne et une dermatologue spécialisées, accueille des femmes souvent éprouvées par une longue errance diagnostique en lien avec ces organes.
Organes à part entière, la vulve et le clitoris évoluent tout au long de la vie d’une femme* et peuvent faire l’objet d’atteintes souvent méconnues, y compris des médecins. La Pre Jasmine Abdulcadir, gynécologue-obstétricienne, spécialiste des pathologies et chirurgies de la vulve et du clitoris, a mis sur pied une consultation conjointe toutes les six semaines avec sa consœur, la Dre Aurélie Hsieh, dermatologue consultante aux HUG. L’objectif: allier leurs expertises afin de répondre à des situations spécifiques et parfois complexes. «Il y a une méconnaissance des problèmes affectant la vulve et le clitoris. Parfois, les personnes concernées doutent de leur légitimité à consulter pour cette zone de leur anatomie, alors qu’elles peuvent être dans une grande détresse», regrette la Pre Abdulcadir.
Kystes récidivants, cicatrices douloureuses, troubles de la sensibilité, douleurs chroniques, vaginisme: les motifs de consultation sont pourtant nombreux. Le lichen scléreux est notamment une des maladies pour laquelle l’errance diagnostique est longue. «Cette affection chronique de la vulve peut rester longtemps asymptomatique. Quand elle se révèle, il est important qu’un traitement et un suivi régulier soient mis en place. Cela réduit l’impact sur la qualité de vie, mais aussi le risque d’évolution vers un cancer», souligne la Dre Hsieh.
Approche globale
Afin de proposer une approche globale (biopsychosociale) tenant compte de toutes les dimensions de ces maladies vulvaires ou du clitoris, les deux médecins s’appuient sur un réseau de collègues dans différents départements des HUG: physiothérapeutes, psychologues, sexologues, mais aussi urologues et spécialistes de la douleur. «Toutes et tous sont sensibilisés aux spécificités de ces affections. Nous travaillons en partenariat avec les patientes, dont un quart ont des antécédents de violences, parfois même d’ordre médical», relève la Pre Abdulcadir.
À noter que la spécialiste s’est récemment formée afin de proposer des examens du clitoris par écho-Doppler. «Chez les femmes, les troubles de l’excitation et de l’orgasme déclenchent rarement un bilan cardiovasculaire et des investigations fonctionnelles. Cela est pourtant tout aussi justifié que chez les hommes», souligne la médecin, qui vient de commencer une étude visant à mieux comprendre la sensibilité du clitoris et de la vulve, notamment grâce à cet outil d’imagerie. La phase de recrutement est en cours**.
* La consultation accueille les femmes cisgenres, les hommes transgenres et les personnes ayant eu une vaginoplastie.
** Plus d’informations: par e-mail à etude-isense@hug.ch ou par téléphone au +41 (0)79 553 55 16.
Témoignage #1, Laureen, 32ans
«Je suis suivie depuis 2022 par la Pre Jasmine Abdulcadir. J’ai eu des douleurs, notamment durant les rapports sexuels, pendant des années. À la consultation, non seulement je me suis sentie écoutée, mais les causes du problème ont vraiment été recherchées. Je souffre en fait d’un lichen scléreux qui a longtemps été confondu avec des mycoses. J’avais également une fissure vaginale qui cicatrisait mal. Des injections de PRP (plasma riche en plaquettes, ndlr), combinées à de l’acide hyaluronique, ont nettement amélioré la situation. Les traitements, mais aussi la physiothérapie et le soutien psychologique, m’ont enfin permis d’envisager une grossesse plus sereinement. Sans cette consultation, je ne serais jamais devenue maman.»
Témoignage #2 Marjorie, 33ans
«Mon gynécologue m’a orientée vers la consultation spécialisée des HUG à la suite d’un abcès de la vulve récidivant qui ne cicatrisait pas correctement. La Pre Jasmine Abdulcadir a été d’une compassion incroyable. Elle a toujours essayé de trouver des solutions en sollicitant l’expertise de ses collègues des HUG, notamment la Dre Aurélie Hsieh, mais aussi à l’étranger. J’ai depuis subi plusieurs chirurgies correctrices qui ont réduit les douleurs. Une telle consultation aide à aborder ce qui est parfois tabou et pourtant si important dans la féminité.»
Texte:
- Stéphany Gardier
Photos:
- Julien Gregorio










