Utilisées en dernier recours en psychiatrie lors d’une crise aiguë, les mesures de contraintes restent exceptionnelles et encadrées, mais elles sont souvent vécues comme des expériences difficiles, voire traumatisantes, par les personnes concernées. Afin de comprendre ce qui s'est passé et réduire leur impact négatif, un accompagnement post-contrainte est proposé.
Dans la majorité des cas, l’hospitalisation en psychiatrie est aujourd’hui envisagée pour surmonter une situation de crise qui ne peut pas l’être autrement. Si tout est fait pour impliquer les personnes dans les décisions qui les concernent, des mesures de contrainte sont parfois décidées par les équipes soignantes, notamment lors de certains contextes de mise en danger de la personne elle-même ou des autres. Dans ces circonstances, qui découlent toujours d’une crise aiguë, des restrictions de la liberté de mouvement et de choix s’avèrent nécessaires lorsque des alternatives moins contraignantes ont échoué.
Ces mesures de contrainte comprennent l’isolement en chambre fermée, l’immobilisation ou le traitement médicamenteux forcés. Elles restent régulièrement appliquées dans les hôpitaux suisses et européens. L’isolement en chambre fermée est la mesure de limitation de liberté la plus fréquemment utilisée au Service de psychiatrie adulte. Cette décision difficile est toujours réfléchie et prise en équipe, puis expliquée au patient ou à la patiente.
Parler du vécu de la personne
Une telle expérience peut entraîner des répercussions négatives non négligeables. «Un événement de contrainte constitue un choc émotionnel parfois violent. Il est souvent vécu comme une perte de contrôle et s’accompagne d’un sentiment de honte et d’humiliation. Cela peut engendrer un traumatisme supplémentaire, mais également détériorer la relation thérapeutique», explique le Dr Alexandre Wullschleger, médecin adjoint responsable d’unité au Service de psychiatrie adulte.
Fort de ce constat, un entretien post-contrainte est proposé dans les jours qui suivent la fin de la mesure *. Le ou la patiente peut alors discuter avec un ou une soignante présente lors de la mise en place de la limitation de liberté ainsi qu’une tierce personne jouant un rôle de médiatrice. Les proches peuvent aussi participer. «Ce moment d’échange qui suit un protocole spécifique n’est pas une obligation, mais la plupart des patientes et patients l’acceptent. Il sert à restituer ce qui s’est passé, à porter une attention particulière au vécu de la personne ou encore à discuter avec elle de ce qui aurait pu être fait différemment», précise le médecin. D’une durée de 30 à 45 minutes, l’entretien est bénéfique tant pour la personne concernée que pour le personnel soignant. «Un essai clinique réalisé en Allemagne a montré que cet échange limite les effets post-traumatiques liés à la contrainte», conclut le Dr Wullschleger.
* Les donateurs et donatrices de la Fondation privée des HUG ont contribué à la mise en place de cette pratique et de son évaluation dans le Service de psychiatrie adulte.
« Éviter que des émotions négatives ne se cristallisent »
Psychomotricienne au Service de psychiatrie adulte, Lucie Vauthier intervient comme médiatrice lors de l’entretien post-contrainte : «Faire en sorte que la personne exprime son ressenti après une mesure de limitation de liberté est important pour éviter que des émotions négatives ne se cristallisent. Cette discussion permet aussi de savoir quelles mesures auraient pu l’aider lors de sa privation de liberté : mettre de la musique en chambre ou lui proposer un accompagnement plus rapproché, par exemple, peut faire la différence. Cet échange est aussi l’occasion pour le personnel soignant de s’exprimer sur la décision qui a été prise et de faire évoluer les pratiques.»
Texte:
- Yseult Théraulaz | Suzy Soumaille
Photos:
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