La récente création aux HUG du Pôle santé cardiovasculaire pour la femme marque un virage décisif pour une approche adaptée. Pourquoi un tel besoin? Tout commence par le cœur des femmes lui-même. Parce qu’il est plus petit, bat plus vite et est composé de vaisseaux sanguins plus étroits, il présente des différences biologiques immuables par rapport à son homologue masculin, expliquant des symptômes différents en cas de troubles. Ainsi, un infarctus du myocarde peut, chez elles, se manifester uniquement par des nausées, des douleurs dans la mâchoire ou une fatigue subite extrême, sans douleur dans la poitrine. Une autre particularité concerne l’impact des facteurs de risques cardiovasculaires comme le tabagisme et le diabète: leurs méfaits sont aggravés respectivement de 25% et 40% par rapport à ceux qui sont observés chez les hommes. Sans compter ceux qui sont augmentés par les bouleversements hormonaux féminins, en lien avec la ménopause, le syndrome des ovaires polykystiques, l’endométriose ou encore la grossesse (en cas de complications comme le diabète gestationnel).
Et ce n’est pas tout puisque s’ajoutent de multiples préjugés et manquements. Parmi eux: l’idée que l’infarctus est une maladie d’homme (tout comme le seraient l’hypertension artérielle et l’apnée du sommeil, mettant elles aussi le cœur à l’épreuve), une réanimation souvent retardée par les personnes sur place pour des questions de pudeur et, aujourd’hui encore, des massages cardiaques enseignés exclusivement sur des mannequins masculins. Si le tableau est dense, les conséquences possibles le sont tout autant: une prévention lacunaire, des diagnostics tardifs et des traitements inadaptés.
Face à ce constat alarmant, le nouveau Pôle santé cardiovasculaire pour la femme apporte une réponse forte. «L’objectif est d’agir sur trois axes: sur le plan clinique, avec une consultation ciblée pour mieux prendre en charge les maladies cardiovasculaires chez les femmes, en particulier les cas complexes nécessitant une approche multidisciplinaire; au niveau de la recherche, en accentuant la collaboration avec d’autres centres universitaires suisses et en incluant davantage de patientes dans les études cliniques; et sur l’enseignement pour améliorer la formation des médecins sur les spécificités féminines de ces pathologies», résume la Dre Elena Tessitore, médecin adjointe agrégée au Service de cardiologie. Et de conclure: «Trop souvent, ces affections sont dites “atypiques” quand elles se déclinent au féminin, or elles sont simplement “typiques” des femmes et encore mal connues. Mais les choses changent enfin.»
Dossier Santé des femmes
Texte:
- Laetitia Grimaldi
Photos:
- Josef Mimic










