Pulsations Réseau de santé, article pour les prestataires de soins

Texte: 

  • Clémentine Fitaire

Photos: 

  • Getty - shapecharge

Nouvelle approche face au risque d’amputation

Pour la première fois en Suisse, l’artérialisation veineuse percutanée a été mise en pratique aux HUG. Cette technique mini-invasive ouvre des perspectives pour les cas d’ischémie critique sans solution de revascularisation.

Ultime stade de l’artériopathie périphérique, l’ischémie critique des membres inférieurs s’accompagne d’un risque élevé d’amputation. Si les techniques de revascularisation permettent aujourd’hui de sauver la grande majorité des membres, une proportion de patients et patientes reste sans option thérapeutique.

C’est précisément dans ces situations dites de « no-option » que l’artérialisation veineuse percutanée trouve toute sa place. Appliquée pour la première fois en Suisse fin mars 2026 aux HUG avec le système LimFlow (Inari Medical), cette technique consiste à rediriger le flux artériel vers le réseau veineux du pied afin de rétablir la circulation sanguine dans des territoires jusque-là non perfusés.

« Nous créons en quelque sorte un nouveau circuit en utilisant les veines pour amener du sang oxygéné dans le pied. Là où l’amputation était souvent inévitable, il est désormais possible d’éviter une amputation majeure dans environ deux tiers des cas soigneusement sélectionnés », résume le Dr Frédéric Glauser, responsable de l’Unité d’angiologie interventionnelle.

Une technique endovasculaire mini-invasive

Au terme de plusieurs années de développement, cette approche, récemment soutenue par des données cliniques, est désormais accessible en Europe. L’intervention se déroule en salle de cathétérisme, sous anesthésie locale avec sédation. Par voie percutanée sont réalisés, d’une part, un abord fémoral pour atteindre l’artère cible et, d’autre part, un accès distal au niveau du pied pour le réseau veineux. « Le principe est de créer, de manière endovasculaire, une communication entre une artère jambière et une veine grâce à un dispositif dédié. L’intervention dure environ deux heures et reste peu invasive pour la personne traitée », précise le Dr Glauser.

Contrairement aux techniques chirurgicales anciennes, dont les résultats sont souvent décevants, cette approche rend possible une revascularisation ciblée dans des situations particulièrement complexes. Elle reste toutefois réservée à des cas soigneusement sélectionnés, notamment en l’absence d’infection non contrôlée et avec un lit artériel et veineux exploitable. Sa mise en œuvre repose sur une collaboration multidisciplinaire étroite, associant angiologues, orthopédistes, spécialistes des plaies et équipes d’antalgie, afin d’optimiser la cicatrisation, la gestion de la douleur et la surveillance de la perméabilité du circuit créé.

Un changement de paradigme en angiologie

Au-delà de la prouesse technique, cette innovation marque une évolution majeure dans la prise en charge des formes les plus sévères. « Les HUG ont été les premiers en Suisse à réaliser cette intervention dans le cadre de la phase de déploiement européen portée par Inari Medical, ouvrant la voie à un accès élargi à cette approche pour les patients et patientes ‘no-option’ », souligne le Dr Glauser.

Athérosclérose : une épidémie silencieuse aux conséquences lourdes

L’augmentation des ischémies critiques des membres inférieurs reflète la progression des maladies cardiovasculaires liées à l’athérosclérose. Le vieillissement de la population, associé à la forte prévalence du diabète, favorise des atteintes artérielles diffuses, distales et souvent calcifiées. Ces formes avancées rendent les stratégies de revascularisation conventionnelles plus complexes, voire parfois impossibles, exposant à un risque élevé d’amputation.

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  • Clémentine Fitaire

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