Texte: 

  • Clémentine Fitaire

Photos: 

  • Fred Merz

«L’équité en santé n’est pas une option, c’est une exigence»

Cheffe du Département des policliniques à Unisanté et professeure ordinaire de médecine interne générale ambulatoire à l’Université de Lausanne (UNIL), Carole Clair explore depuis plus de quinze ans l’impact du sexe et du genre sur la santé. Entre clinique, enseignement et recherche, elle agit pour une médecine plus juste et inclusive.

Pulsations Vous vous intéressez depuis longtemps aux questions de genre en santé. Comment cet engagement est-il né ?
Pre Carole Clair
Quand j’ai commencé à exercer la médecine, ces questions étaient presque invisibles. Il fallait convaincre qu’il ne s’agissait pas d’un débat idéologique, mais bien d’un enjeu médical. Aujourd’hui, les choses ont évolué et ces thématiques sont mieux reconnues, davantage enseignées et soutenues par les institutions. Mais rien n’est acquis et il reste des résistances.

Vous participez à la campagne «12 mois 12 actions» de la Revue médicale suisse, qui met cette thématique à l’honneur sous forme d’infographies. Pourquoi est-elle utile ?
Parce qu’elle propose une approche très concrète. Les équipes soignantes ont souvent peu de temps pour s’interroger sur ces questions. Elles ont donc besoin de messages clairs, applicables immédiatement. Cette campagne, qui se décline en affiches didactiques, va à l’essentiel, avec des recommandations simples, positives et centrées sur la qualité des soins. Il ne s’agit pas de faire la morale, mais de donner des outils concrets pour améliorer la prise en charge et rappeler que l’équité n’est pas un supplément, mais la condition d’une bonne médecine.

Faut-il encore sensibiliser les médecins à ces questions ?
Oui! La formation reste un levier central et permet d’atteindre toute une génération de médecins. Et il y a une vraie demande: les étudiants et étudiantes souhaitent aborder davantage les biais de genre, mais aussi d’autres formes de discrimination. Il y a quinze ans, nous étions très peu à travailler sur ces questions. Désormais, elles sont mieux intégrées, présentes dans les facultés de médecine avec des enseignements obligatoires sur le sexisme ou le harcèlement. Mais le contexte reste parfois polarisé. Il faut continuer à expliquer, dialoguer et choisir les bons mots pour éviter les incompréhensions.

Comment les discriminations se manifestent-elles dans les soins ?
De manière très concrète. En Suisse, par exemple, une femme de moins de 50 ans hospitalisée pour un infarctus a un risque de décès 38% plus élevé qu’un homme. Cela montre que la prise en charge n’est pas encore équitable. En influençant le diagnostic, les traitements, la prévention, ces biais ont un impact direct sur la santé. Et ils touchent différents groupes: les femmes, mais aussi les populations LGBTQIA+.

La neuroatypie est un autre sujet que vous mettez en lumière dans la campagne «12 mois 12 actions». Pourquoi est-ce un angle important ?
Parce que le système de soins n’est pas toujours adapté à cette population, dont le fonctionnement neurologique diffère de la norme dite «neurotypique». Les personnes neuroatypiques, atteintes d’un trouble du spectre autistique par exemple, sont nombreuses, mais leurs besoins restent mal pris en compte dans notre société. Pourtant, des ajustements simples peuvent changer beaucoup de choses: adapter la communication, poser des questions plus structurées, rendre l’environnement médical moins stressant. Si l’accueil n’est pas adéquat, ces personnes tendent à éviter ou à retarder les soins, ce qui aggrave les inégalités.

Quelles sont vos priorités depuis votre nomination comme professeure ordinaire à la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL ?
Avec mon équipe, nous avons entrepris de restructurer la formation postgraduée pour la rendre plus cohérente et mieux adaptée aux réalités actuelles. Il s’agit bien sûr de transmettre les bases médicales, mais aussi de préparer les médecins de demain à une société diverse, devant composer avec des questions d’équité, de précarité ou encore de migration. Plus largement, je défends une médecine de proximité, accessible et éthique.

Pensez-vous que ces enjeux vont durablement s’imposer ?
Ils le doivent. L’équité en santé n’est pas une option, c’est une exigence. Sans elle, nous ne pouvons pas offrir des soins de qualité à toutes et tous.

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