Pulsations Réseau de santé, article pour les prestataires de soins

Texte: 

  • Clémentine Fitaire

Photos: 

  • HUG

Trois questions au Dr Mathias Pouillon

En Suisse, près de 20 000 cas de sepsis sont estimés chaque année, soit un nombre comparable à celui des accidents vasculaires cérébraux, mais avec une mortalité plus élevée, estimée à environ 15 %. Pourtant, cette complication grave d’une infection reste insuffisamment diagnostiquée. Le Dr Mathias Pouillon, médecin adjoint au Service des urgences adultes, présente le programme transversal visant à renforcer la sensibilisation des professionnelles et professionnels de santé, systématiser le dépistage et accélérer la prise en charge.

Pourquoi le sepsis reste-t-il difficile à reconnaître ?

Mathias Pouillon : Le sepsis est une réaction excessive et dérégulée de l’organisme à une infection, qu’elle soit pulmonaire, urinaire, digestive ou d’une autre origine. Contrairement à une appendicite visible à l’imagerie, aucun examen ne permet d’affirmer à lui seul qu’une personne présente un sepsis. Le diagnostic repose sur un faisceau d’éléments : la clinique, les paramètres vitaux, les examens biologiques et l’évaluation médicale. Les situations sont par ailleurs très variables. À un stade avancé, lorsque plusieurs organes sont défaillants, le diagnostic est généralement une évidence. Tout l’enjeu consiste précisément à intervenir avant d’en arriver là, alors que les signes peuvent encore être discrets ou attribués à l’infection initiale.

Les très jeunes enfants, les personnes âgées et celles atteintes de plusieurs comorbidités sont davantage exposés, mais un adulte jeune sans antécédent peut également développer un sepsis. Il ne faut donc jamais banaliser l’évolution défavorable d’une infection.

Comment le score NEWS2 peut-il améliorer le dépistage ?

M. P. : Le NEWS2 est un score d’alerte multidimensionnel, prédictif de la mortalité, qui repose sur des paramètres simples, déjà mesurés en routine : fréquence cardiaque et respiratoire, pression artérielle, saturation en oxygène, température et état neurologique. Il ne pose pas le diagnostic de sepsis, mais aide à repérer rapidement les situations potentiellement graves et leur évolution. Aux urgences, son déploiement est particulièrement important dans les situations intermédiaires, lorsque la gravité n’est pas immédiatement perceptible. Un score élevé peut conduire à prioriser l’installation et l’évaluation de la personne.

Cet outil peut aussi être utile en médecine de ville. Face à une infection associée à des paramètres anormaux, le rôle des médecins de premier recours n’est pas de confirmer le diagnostic, mais de suspecter un sepsis et d’accélérer l’orientation vers les urgences, voire de faire appel au 144.

Quels sont les objectifs du Programme sepsis des HUG ?

M. P. : Ce groupe de travail transversal réunit notamment les urgences, la médecine interne, les maladies infectieuses, les soins intensifs, l’anesthésie, la gériatrie, la pédiatrie et l’équipe du Service qualité des soins. Plusieurs projets sont en cours, dont l’introduction du NEWS2 aux urgences, des travaux sur la prise en charge de la personne âgée à l’Hôpital des Trois-Chêne et l’élaboration d’un parcours institutionnel fondé sur les recommandations internationales. L’objectif de l’étude sur le score NEWS2 est d’évaluer localement l’effet d’un dépistage plus précoce, associé à une prise en charge standardisée – antibiothérapie, hydratation, examens et orientation adaptés – puis, à terme, d’étendre le score aux unités de médecine et de chirurgie. La sensibilisation des professionnelles et professionnels de santé est essentielle : tant que la question du sepsis n’est pas posée, les signes risquent de ne pas être recherchés. Une intervention rapide peut réduire la mortalité, mais aussi les séquelles durables, notamment cognitives, observées après les formes les plus sévères.

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  • Clémentine Fitaire

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