Le test est positif et les premières nausées se font peut-être ressentir : l’aventure peut commencer. Place à des mois hors du commun, jalonnés d’instants inédits, d’émotions, mais aussi d’incontournables rendez-vous médicaux. Si les HUG prennent souvent en charge les femmes dès la 36e semaine de grossesse, l’accueil peut commencer bien plus tôt, notamment si la santé de la mère ou du fœtus l’impose. Quelle que soit la situation, un mot d’ordre pour la plus grande maternité de Suisse : disposer de compétences techniques d’exception pour gérer les situations les plus délicates, tout en optant pour une approche centrée sur les femmes et sur des soins toujours plus respectueux autour de la naissance.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes ou presque : avec plus de 4 000 naissances par an, les HUG constituent la plus grande maternité de Suisse. Mais ce n’est pas tout. En affichant 21,6% de césariennes et 9,6% d’épisiotomies en 2025, des taux parmi les plus faibles du pays, ils s’inscrivent aussi dans un tournant majeur de l’obstétrique motivé par un changement sociétal.
«L’un des plus grands enjeux actuels vise à s’extraire d’une tendance à la surmédicalisation de ces dernières décennies pour être davantage à l’écoute de la physiologie des femmes, ainsi que des souhaits exprimés par les couples. Le défi est parfois de taille puisque ces derniers peuvent eux-mêmes être en proie aux doutes et à des aspirations paradoxales, entre évocations du “tout naturel” et visions idéalisées de la grossesse et de l’accouchement. Notre mission est donc de trouver le juste équilibre entre le fait de fournir une prise en charge médicale garante d’une sécurité clé – qui a contribué à faire chuter les taux de mortalité maternelle et infantile –, d’assurer un suivi obstétrical à l’écoute de chaque situation et de garantir une information pertinente et fiable», résume la Pre Manuella Epiney, médecin-cheffe du Service d’obstétrique.
Tout commence généralement lors de la première consultation prénatale. Qu’elle ait lieu aux alentours de la 36e semaine de grossesse, après un premier suivi effectué par une ou un gynécologue ou sage-femme de ville, ou bien plus tôt pour des raisons médicales inhérentes à la santé de la mère ou du fœtus, la prise en charge se veut hautement personnalisée, limitée aux besoins et ajustable à tout moment. «Quand tout va bien et en l’absence de facteurs de risque, les sages-femmes assurent le suivi prénatal, l’accouchement ainsi que le post-partum. Dans le cadre de l’accompagnement global par exemple, une sage-femme de référence est même attribuée pour l’ensemble de la prise en charge. Mais toute grossesse comporte une part d’imprévu. La démarche allie alors le dépistage et la mise en place des actions nécessaires», poursuit l’experte. Entrent alors en jeu les spécialistes qui s’imposent – gynécologues, spécialistes de la médecine fœtale et de l’échographie, anesthésistes, pédiatres ou encore équipes médico-soignantes spécialisées dans le deuil périnatal (lire le témoignage «Affronter le tabou du deuil périnatal») –, ainsi que les structures spécifiques mises en place aux HUG. Parmi elles : la consultation de périnatalité destinée aux femmes en situation de vulnérabilité psychosociale (lire Préparer l'arrivée du bébé en toutes circonstance)
Accompagnement personnalisé
Si les innovations se multiplient à l’hôpital pour prendre en charge les situations les plus complexes, comme les accouchements par le siège ou le suivi de femmes souffrant de pathologies spécifiques, les progrès sont visibles également dans l’accompagnement qui place les couples au cœur des actes médicaux, parfois jusqu’au bloc opératoire. «L’un des plus beaux exemples est la césarienne participative qui propose aujourd’hui de s’approcher de l’atmosphère d’un accouchement par voie basse lorsque les circonstances le permettent. Cela se fait via de la musique, une lumière plus douce, la présence en continu de l’autre parent ou encore le “peau à peau” immédiat avec le bébé en salle d’opération. Une première mise au sein y est aussi possible», illustre la Pre Caroline Daelemans, médecin adjointe agrégée responsable de l’Unité des salles d’accouchement.
Si chaque histoire est unique, une dimension reste centrale : «La grossesse est semblable à un marathon auquel il faut se préparer mentalement, émotionnellement et physiquement. Les cours de préparation à l’accouchement et le plan de naissance – où sont rédigés puis discutés les souhaits des couples pour le jour J** – sont essentiels pour cela. Notre rôle est d’accompagner chaque situation pour favoriser la sérénité et le bien-être tout au long de la prise en charge. La présence croissante de la médecine intégrative par exemple, qui invite à glisser aromathérapie, massage ou encore hypnose jusqu’en salle d’accouchement, aide considérablement. Mais l’enjeu est aussi d’ouvrir un dialogue pour éviter un écueil fréquent : un décalage parfois immense entre les attentes et la réalité de ce que sont la grossesse et l’accouchement. Même si une grossesse est physiologique (c’est-à-dire sans risque particulier) et le suivi optimal, des imprévus peuvent surgir à n’importe quel moment. En tant qu’hôpital universitaire disposant de toutes les expertises requises, les équipes médico-soignantes y sont préparées, mais il est essentiel que les femmes et les couples soient conscients de cette part d’imprévisible propre au vivant», souligne Bérangère Pierret, sage-femme et adjointe de la responsable des soins au Service d’obstétrique.
Se projeter, sans trop idéaliser
Et Antonina Chilin, sage-femme à la Maternité et à l’origine de la consultation «Vécu de l’accouchement» de préciser : «De nombreuses dépressions du post-partum, voire de syndromes de stress post-traumatique consécutif à un accouchement, découlent de ce décalage et de l’impression d’une perte de contrôle de la situation. Et les pères sont aussi concernés. Il n’en reste pas moins essentiel de se projeter, mais sans trop idéaliser et en faisant des sages-femmes et des médecins des alliés pour échanger sur ce qui compte pour soi. Après l’accouchement, si des idées noires, des cauchemars, des pleurs inexpliqués surgissent, il est important d’en parler.»
La clé serait-elle donc de parvenir à l’apparent paradoxe de «se préparer à l’imprévu» ? «C’est tout à fait cela. Bien sûr, le défi est de taille. Les femmes ressentent une sorte d’injonction dès le début de la grossesse d’être pleinement heureuses et sereines alors qu’elles doivent composer avec un tourbillon hormonal sans précédent, l’attente répétée de résultats d’examens, sans compter le flot d’informations reçues et d’histoires d’accouchements belles ou tragiques racontées par leur entourage. Alors oui, l’imprévu et l’anxiété peuvent s’inviter dans la grossesse et l’accouchement, mais ce n’est qu’un début ! Car une chose est sûre : à partir de là, avec cet enfant comme pour tout le reste de la vie, rien ou presque ne se passera finalement comme prévu», sourit Béatrice Van der Schueren, sage-femme à la Maternité.
« Affronter le tabou du deuil périnatal »
«J’avais 39 ans quand j’ai appris que j’étais enceinte… de quatre mois déjà. Ayant une contraception et des menstruations normales, je ne m’étais doutée de rien et le choc a été total. J’ai rapidement effectué les premiers examens, et tout allait bien. Mais trois semaines plus tard, le gynécologue m’a appelée : mon dernier bilan sanguin laissait présager une anomalie génétique. Une amniocentèse et une échographie ont confirmé les doutes : le fœtus était porteur d’une trisomie 21 associée à de graves anomalies. J’ai alors été prise en charge aux HUG où mon conjoint et moi avons rencontré un médecin exceptionnel qui nous a tout expliqué en détail : les résultats, les évolutions possibles, les options qui s’offraient à nous. Il a été très doux et nous a incités à prendre quelques jours de réflexion. Au vu des graves malformations du bébé et des risques, également pour moi, liés à la poursuite de la grossesse, nous avons finalement décidé d’y mettre un terme. Dans notre malheur, nous avons eu la chance d’être ensuite accompagnés, à chaque étape, par une sage-femme spécialisée qui a fait preuve d’une délicatesse et d’une humanité hors du commun. Accoucher dans ces conditions est une épreuve terrible, mais la suite l’est tout autant. Rentrer chez soi sans bébé, éprouver les sensations d’un corps qui s’était préparé à son arrivée et affronter le tabou que représente toujours le deuil périnatal a été très difficile. Dans mon environnement personnel comme professionnel, j’ai été stupéfaite par les réactions de gêne, les maladresses, l’indifférence. Assez vite, j’ai eu envie d’agir pour contrer ce tabou, notamment en écrivant un livre avec mon conjoint et en m’investissant autour de la Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. Aujourd’hui, toujours accompagnée par les HUG, je poursuis mon deuil tout en essayant d’être utile aux couples concernés : les femmes, bien sûr, mais aussi l’autre parent, trop souvent oublié alors qu’il traverse lui aussi cette épreuve.»
Dossier obstétrique
- Dans le tourbillon de la grossesse
- Santé maternelle sous surveillance
- Préparer l’arrivée du bébé en toutes circonstances
- Les missions de la médecine fœtale
- Le jour J
- Revenir sur l’épreuve
Texte:
- Laetita Grimaldi
Photos:
- Bogsch & Bacco avec l’aide d’une IA










